Mails de voyages de Bernie PAOLETTI - Janvier-Février 2013
 

Je vous emmène avec moi
en balade
on laisse tout
on s'en va
en balade
à vos cartes
petite escapade indienne
 

De PONDICHERY à GOA,
2 – VANAKKAM TAMIL NADU
François H. parti, place à Bernie …

Il est minuit ; arrivée dans le noir de la nuit indienne, sous la pluie drue, dans la moiteur intense,
et surtout dans le désordre et le bruit : le bain indien est immédiat et sans attrait ;
Dimanche, la chaleur est oppressante sur le site de MAMALLAPURAM ;
les PALLAVA ont quitté les lieux, les amoureux des arts aussi.
Pas de trace des Beatles, ni de Lucy qui s'est perdue in the sky.
Reste l'ensemble étrange de construction et sculptures originales datant du VII ème siècle,
sur l'immense plage parsemée de Mandapa,
Rathas, et autres châteaux de sable en granit, avec foultitude de familles indiennes en villégiature.
Mais que fait Bernie dans cette galère ?

3-BERNIE AU COMPTOIR
PONDICHERY
C'est ma mère qui chantait en refrain le nom des 5 comptoirs, dont KARIKAL, YANAON et MAHE
aujourd'hui regroupés sous le nom de Territoire de Pondichéry.
Le rêve et la convoitise liés aux richesses inestimables relatées dans les récits des voyageurs
vont pousser les européens à contrôler les routes maritimes entre Orient et Occident ;
ce sont les anglais qui finalement au XIX ème vont asseoir leur domination …
PONDICHERY entre dans l'Histoire de France lorsque la Compagnie des Indes achète en 1673
un petit village côtier au sultan de Bijapur ;
POUDOUCERI devient ainsi la tête de pont des intérêts commerciaux de la France en Inde,
et verra son apogée en 1742 .
l'ancrage français vieux de 3 siècles est inscrit jusque dans les murs …
rues DUMAS ROMAIN ROLLAND FRANCOIS MARTIN ..
La ville en damier est implantée sur le front de mer, avec ses rues perpendiculaires tirées au cordeau,
l'architecture cossue du quartier français blanc de chaux, et la partie colorée de la ville tamoule ;
le canal aux eaux nauséabondes, frontière naturelle, divise la ville en 2 : blanche et noire de peau.
L'Inde indépendante en 1947 réclame le retour des comptoirs français,
et patientera jusqu'à la cession de souveraineté en 1956.
C'est au cimetière que le promeneur de Pondichéry réalisera avec nostalgie le passage sur
 cette terre d'autres Hommes d'une autre Epoque à laquelle correspondaient d'autres Rêves.
Les bâtiments et monuments divers, les maisons les rues semblent des tas de ruines ;
le cachet français disparaît dans la mutation implacable d'une Inde en R-Evolution.
Reste les képis rouges des policiers comme ultime clignotant d'une splendeur passée et bientôt oubliée.
La Basilique du Sacré Cœur , consacrée en 2009 par Benoît, me réconcilie avec Pondy en friches ;
l'espace vaste et kitsch est rempli de fidèles au sari flamboyant, à genoux en dévotion, dans le silence à peine troublé
par les piaillements d'oiseaux.
Sur le parvis, la réplique de la grotte de Lourdes ; ça tombe bien, c'est le 18 février et c'est la Sainte
BERNADETTE.
Comme cadeau de fête le coup de la panne avec le chauffeur Muthu …
touk touk et coin coin dans le bazar ambiant, défilé des échoppes accolées,
déluge des couleurs et tumulte indescriptible, poussière qui colle à la peau transpirée ;
Bernie n'est plus qu'une grosse goutte d'eau …et laisse à Guy Béart le mot d'la fin :
« Elle avait, elle avait le Pondichéry facile ; elle avait elle avait ... »
Mais que boit donc Bernie au vieux comptoir suranné des Indes ???


4- ON THE ROAD AGAIN
Bernie quitte les bords du golfe du Bengale, et son vieux comptoir des Indes, emportant
avec elle l'image douloureuse de ces femmes aux yeux implorants que l'on appelle
intouchables. Elles errent désormais entre les immondices et les tombes tels des
fantômes hallucinés, et dorment à même la pierre gravée au nom des nobles à particule …
Vanité des vanités ; tout n'est que vanité …

Direction Nord Ouest ; changement de territoire ; 500 km à travers le TAMIL NADU profond,
les verts des palmeraies, manguiers, agaves, rizières ; c'est la récolte de la canne à sucre,
la saison des bananes vertes et des pastèques écarlates ; les femmes s'activent aux travaux des champs et
dans les inhumaines briqueteries.
On traverse de gros bourgs trépidants et grouillants de tout ; la circulation est ininterrompue d'un flot indescriptible
de véhicules en tous genres ; notre white Chevrolet se faufile entre les hordes de camions en surcharge
qui encombrent les routes infâmes fréquentées par les singes et les hommes …
Muthu le chofer, un peu bipolaire, ne comprend pas un mot
d'anglais mais au moins il sait ce que piloter veut dire.
Les collégiennes sont tirées à 4 épingles ; des nœuds ravissants et des fleurs
fraîchement coupées ornent leur coiffe tressée, et sont assortis à leur tuniques impeccables de propreté …
contrairement au Tamil Nadu crasseux, beaucoup plus sale qu'à mon dernier passage en 2007.
Les conditions de vie sont intraduisibles.
De plus et jusqu'à présent, aucune spiritualité ne transpire ici, au cœur de l'Inde du sud.
Après 11 heures de route, nous parvenons enfin à MYSORE , dans l'état du KARNATAK .

5 – KARNATAKA
MYSORE
La grève paralyse le trafic et c'est une ville désertée, calme et paisible que nous découvrons ;
son PALAIS est digne de ceux du Rajasthan … ou « si Versailles m'était conté » ...
aux alentours CHAMUND HILL très habité en atmosphère et sérénité ;
la résidence d'été du sultan Tippu malheureusement très endommagée ;
la très intéressante fabrique d'huile de santal.
La ville est rythmée par le chant du muézin ; dans les rues on croise d'inquiétants Belphégor,
longues tuniques noires avec juste 2 fentes pour les cils et l'iris noir …

Une guerre de l'eau ancestrale oppose les deux états Tamil Nadu et Karnataka ;
les événements se précipitent et la tension est vive ; il ne fait pas bon circuler au Karnataka
dans un véhicule immatriculé TN comme Tamil Nadu ;
l'agressivité est palpable et notre white Chevrolet devra forcer les barrages et jets de pierres ;
Adelita n'en est pas à sa première Révolution … changement d'itinéraire pour quitter la ville ;
ça rallonge mais c'est plus sûr ;
ainsi c'est par des chemins de traverse que nous nous dirigeons vers Hassan à 120 km plus au nord .
Adelita troque ses feuilles de coca bolivienne pour la mixture locale à base de bétel …
good for the brain … noix concassée parfumée à la fois sucrée et épicée, très agréable aux naseaux.
Les marchés aux bestiaux égrènent la route : on est dans une région très agricole.
Le chofer fait changer les plaques d'immatriculation pour tromper l'ennemi ;
ainsi le TN se transforme en KL comme Kerala . .. n'importe quoi.

Quelques plats régionaux me réconcilient avec une Inde aussi déstabilisante que décevante :
le thali servi sur une grande feuille de bananier avec riz et garnitures à toutes les sauces ;
le tomato rice aux épices, piments, turmeric powder, moutarde, oignon, curry et noix de cajou ;
le godi payasa céréales concassées au lait clou de girofle et cardamome ;
les gâteaux frits à la carotte orange foncé ; le coconut burfi et tutti quanti …
le tout accompagné des pains galettes légères et rondes naan et roti.

Le paysage se pointille d'éoliennes dominant les cocotiers . « La fièvre monte à El Paso » et la chaleur avec, implacable ...
Il était temps ; nous parvenons à HASSAN.

6 – Temples du Moyen Age
HALEBID
C'est la vielle capitale de la dynastie des OYSALA . XII ème siècle.
Le temple de OYSALESHERA présente un ensemble harmonieux en étoile, à l'ombre des jacarandas violets,
très visité par les familles indiennes ;
les couleurs chatoyantes des costumes des femmes illuminent la pierre sombre de stéatite.
( facile à travailler en dentelle de pierre ou à polir, séchant au soleil ).
Le temple de PARSHVATAH est admirable à la lumière exacte du soir, à peine dorée,

qui effleure les lignes épurées des divinités jaïn ; les colonnes sont magnifiquement ciselées ;
à l'intérieur la lumière filtre à peine sur le sol luisant et lisse ;
jeux d'ombres et de lumières parfaits.

Dans le petit matin indien, une patrouille de militaires armés nous escorte jusqu'à BELUR
assurant ainsi la protection de la white Chevrolet de Bernie.
C'est un autre chef d'œuvre architectural de la sculpture indienne.
La cérémonie ( PUJA ) a lieu dans le temple de CHENNAKESHAVA , surélevé, le plan au sol en étoile,
avec une coupole, 42 colonnes uniques, sculptées ou polies ;
scènes de purification par l'eau et le feu, vapeurs d'encens pour s'élever vers Dieu,
offrandes des nombreux pèlerins consacrées, au son de la cloche, du tabla et d'un petit saxo ;
l'atmosphère est empreinte de mysticisme dans une ferveur authentique.
Une brise légère nous accueille à l'extérieur à la découverte des remarquables bas-reliefs aux magnifiques DEVADEVI,
danseuses gracieuses, copies conformes des « APSARA » des temples d'Angkor.
Aucun occidental sur ces lieux ; seules les soieries rayonnantes des femmes pigmentent la pierre sombre ouvragée.
Il fallait se lever tôt ce matin pour sentir le retour de la spiritualité enfin retrouvée.
 

BELUR A BELLE ALLURE !
merci à ceux qui se sont inquiétés, mais après le désert de Gobi, il y a les déserts de ruines sans connexion avec le réel ...

7-cap au nord
La petite route serpente au pied des western ghâts qui culminent à près de 2000m ;
d'immenses plantations de cocotiers, aux interminables troncs frêles et clairs,
bien entretenus, abritent les bananiers au vert tendre ;
le paysage champêtre pourrait être le grenier de l'Inde tant les travaux agricoles sont nombreux ;
zébus et buffles accompagnent les hommes aux labours et aux récoltes,
dans les campagnes tranquilles moyenâgeuses ; d'autres buffles ont plus de chance : les cornes toutes enrubannées,
couverts de tissus brodés, ils tirent les charrettes décorées, débordantes d'une population nomade ;
le cortège bruyant et bariolé s'en va au temple.
Cependant, parallèlement à cette quiétude apparente, les actualités relatent des événements inquiétants :
des attentas meurtriers ont eu lieu à Hyderabad, l'aéroport de Bangalore paralysé pour des raisons de sécurité ;
la trace pakistanaise a mobilisé de grands renforts policiers ; plusieurs villes sont en alerte au terrorisme .
Et un premier contrôle confirme ces nouvelles ; 2 policiers aussi suspects que véreux ouvrent nos sacs ;
un prétexte pour nous torpiller notre eau ; la guerre de l'eau aura bien lieu.
500m plus loin, 2ème contrôle : qu'y a-t-il au fond du sac de Bernie ?
Feuilles de coca et compagnie … que cherchent-ils ? du whisky ?
Après une discussion incompréhensible entre tamoul, kannara et anglais hindi, on convient d' un arrangement :
ils en veulent toujours à notre eau.
3ème contrôle : on nous passe une espèce de scanner à l'intérieur de la white Chevrolet ; chercheraient-ils une bombe ?
Adelita, agacée va sortir ses cartouches que ses cousins corses lui ont confiées … oh Corse île d'amour, pays où j'ai vu le jour .. .

Le Karnataka, c'est dur , presque une épreuve ; la chaleur est assommante ; la végétation se raréfie à présent;
les surfaces cultivables s'étalent à perte de vue dans une palette d'ocre et coquille d'œuf ;
les tournesols ont la tête au sud ;et le mienne est à l'envers ;
des cortèges ininterrompus de camions surchargés, aux décorations fantaisistes et colorées
créent un embouteillage indescriptible dans une pollution et un vacarme inimaginable ;
9h pour 400 bornes éreintantes ; nous parvenons enfin à HAMPI qui doit se mériter.

La guesthouse est d'un autre monde : fermer les yeux pour ne rien voir ! Bonsoir.

8-Un dimanche à HAMPI
Les terres de blé et à coton accueillent riz et bananiers ;en toile de fond, pitons rocheux,
montagnes déchiquetées et bambouseraies les pieds dans l'eau de la rivière Tungaghadra.
La capitale du dernier royaume hindou sertie dans un écrin de jungle connaîtra son golden age
au XVIème siècle, avant la défaite de Talikota en 1565 ; elle sera pillée et incendiée par les envahisseurs musulmans ;
l'Islam a frappé fort et mal sur cette ville aussi peuplée que la Rome antique,
aussi fleurissante que Bagdad grâce au coton épices et pierres précieuses.
Puis ce sera la tour des navires anglais qui débarqueront d'autres colonisateurs …
C'est le champ de ruines le plus vaste du monde, avec TIKAL au Guatemala ;
la visite de la ville royale donne une impression de joie et de plaisir de vivre au regard de la
pierre taillée à l'effigie des danseuses Apsara ;
impression de déjà vu aussi : l'espace de Monte Alban et les frises de Mitla au Mexique,
l'agencement parfait des énormes pierres de Cuzco au Pérou,
ou encore une vue d'ensemble de Chitchen Itza.
La Grèce et l'Egypte sont aussi présents dans la mémoire.
HAMPI était tombée dans l'oubli, mais aujourd'hui les visiteurs reviennent ;
quel avenir pour l'ancienne capitale de la dynastie des Vijayanagar ?
Des promoteurs envisagent un grand complexe touristique ;
une première population a été délogée de leurs habitations précaires réduites en pièces ;
les gens sont déplacés, sans travail, et viendront gonfler la ville de Bangalore ;
Hospet accueillera les touristes ; bientôt finies les guesthouses jouxtant le gopuram , et aux oubliettes le charme d'HAMPI.
PUJA AU CLAIR DE LUNE
Bernie se lave les pieds pour la centième fois au moins …
traîner les pieds nus dans tous les temples crasseux de la ville sacrée,
ça use ça use et pas les souliers …
Bernie pas Pied Noir pour rien …
Ce soir, au milieu des macaques voleurs, il y en avait des couches de saleté par terre …
surtout après le passage de l'éléphante nommée Lakshmi qui baptise d'un coup de trompe tous les enfants du coin ;
une éléphante au clair de lune ça n'existe pas ? ça n'existe pas ?
Et pourquoi pas ?...
Le sanctuaire encore actif de Virupaksha s'étend derrière un colossal gopuram blanc ( haute pyramide ) ;
la PUJA (cérémonie) obéit à un rituel immuable ;
les pèlerins nombreux offrent leurs oboles (riz cuit, fruits, fleurs) aux religieux bien gras …
les indiens semblent comme endormis dans leurs dévotions, sans même l'idée de révolte sur leur condition ...
Retour à la guesthouse spartiate où crapauds et macaques m'attendent de patte ferme ;
en voilà un aux yeux plus mobiles que les autres, et qui a repéré ma bouteille d'eau ;
sous mes yeux, il dévisse le bouchon de ses longs doigts aussi agiles que crasseux, et
vide le contenu en un clin d'œil ; décidément, l'eau est objet de convoitise …
cependant la situation privilégiée de ce logis de fortune, mitoyen des ruines, explique son choix …
mais 3 nuits ici sont redoutables, d'autant que la bouffe est à l'image du reste …
Bernie maigrie ??? pas vraiment avec les jambes comme des poteaux, les chevilles enflées,
bientôt bouffées et boursouflées par les mosquitos voraces, sans oublier les cheveux raides de poussière ;
mes amis vont-ils me reconnaître ?

C'était une belle journée à HAMPI , de l'aube au clair de la pleine lune …
Ce dimanche,
Bernie a beaucoup de chance.
Mais il est grand temps de quitter les lieux … et ses odeurs pas très catholiques - normal en pays hindouiste -
très loin des fragrances de jasmin ...
un commando de macaques inquisiteurs nous guettent ; en voilà un qui reluque mes lunettes ;
un singe à lunettes, ça n'existe pas ? Ça n'existe pas ?
Et pourquoi pas ? Incredible India !!


9- BADAMI
HAMPI c'est fini .
En route pour BADAMI .
En danger permanent avec le monomaniaque au volant, nous finissons par nous égarer sur
les chemins improbables du difficile Karnataka qui étale à perte de vue ses champs de coton et lentilles ;
après ce chemin des écoliers ( un comble pour l'instit en vacances ), BADAMI semble enfin en vue,

malgré une entrée obstruée par un véhicule en surcharge, dont la cargaison monumentale est aussi large que la route :
la souris accouche d'un meule de foin . 150Km en 5h.
 

Les grottes sculptées dans le grès rouge sont un véritable travail d'artiste ;
les divinités s'offrent au regard émerveillé : Shiva, Vishnou, Bouddha and so on sous leurs plus beaux atours ;
des adolescents curieux posent pour la photo, ainsi que des familles de toutes ethnies ;
le panorama sur le lac est superbe ; de là, on distingue la bourgade blanchie à la chaux,
avec ses portes colorées, et le mausolée du sultan de style indo islamique ;
une promenade dans les ruelles en médina nous transportent au Moyen Age ;
sangliers et macaques errent dans les rues sales avec les enfants en guenilles … à quatre pattes eux aussi …

Mais que fait Bernie dans cette galère ? l'estomac dans les talons, les intestins plus bas encore,
la peau bientôt décharnée, blanche sera la nuit ...
De plus, Bernie en a marre du riz !


Chez les CHALUKIA
La piste ouvre un décor de patchwork entre les sienne et Véronèse des terres cultivées,
pointillées des paysans au labeur dés tôt le matin ; il fait déjà chaud pourtant ;
quand on pense que d'ici juin les centigrades auront grimpé de façon significative,
que dire des ces hommes bêtes de somme ?
Leurs corps squelettiques portent cent fois leur poids;
ils avancent dégoulinant de sueur, aussi noirs que la terre qui les nourrit pourtant,
accompagnés de leurs troupeaux de chèvres et brebis ; avec leur petit calot blanc,
ils me font penser à la marche blanche de Gandhi ;
les romanichels campent à même la poussière et la terre ; des mondes entre les mondes … indescriptible et déroutant.

AIHOLE
Bernie la résistante a rendez-vous avec la dynastie des Chalukia ( VIIéme siècle ) ;
le site en restauration est accolé au habitations dont on n'imagine même pas la précarité ;
occidentaux mal léchés prenons de la graine et cessons de revendiquer et rouspéter !
Le temple de Durga est construit en grès rouge et présente une forme unique en fer à cheval ;
les temples de Ladh Khan et Ravana Phadi honorent les déesses et les dieux dans une remarquable décoration ;
les guerres entre les dynasties étaient source de créativité pour les artistes de l'époque.

PATTADAKAL
Ses pagodes carrées, rouge brique , rappelle, toutes proportions gardées, l'inoubliable site de Bagan en Birmanie ;
là encore, hommes et femmes viennent spontanément vers l'objectif, offrant leur sourire et leur gentillesse ,
et animent l'endroit comme au temps des souverains Chalukia .
Et pour le dessert, une petite PUJA pour la route.
Mais le dessert préféré de Bernie et ses amis c'est le fondant choco châtaigne corse ...


10-cap à l'ouest
La route pour rejoindre le petit état de GOA risque d'être longue, et j'espère sans embûche ;
on n'entend plus parler des moudjahidines indiens, groupuscule islamiste local assez flou ;
le gouvernement et le police étaient au courant du risque d'attaque.

Nous quittons le KARNATAKA et sa machine à remonter le temps, monde virtuel d'hommes et bêtes au destin partagé.
Le chofer a dormi sous ma fenêtre comme toutes les nuits.
Ce matin il nous joue Indiana Jones en empruntant une route qu'il ne connaît pas, et sans carte ;
quel aventurier ce Muthu !
Très vite, Bernie commence à compter ses osselets tant les creux et les bosses secouent le white chevrolet,
théâtre d'un massacre annoncé : celui des mosquitos voraces ; le Karnataka aura ma peau.
La voiture se dirige vers le nord, alors que l'on devrait piquer vers l'ouest ; sans GPS, bientôt avis de recherche ;
Bernie décide de prendre les commandes, vu le peu d'orientation du driver, qui n'est pas le « LOEB » du volant, ni le roi de la trajectoire …
Vincent, où es-tu ? Jamais là quand on a besoin de toi…
les panneaux de signalisation s'inscrivent en langue locale qui n'est pas celle du chofer tamoul ;
la rotation du soleil et ma carte perso, l'enseigne miraculeuse « Lourdes nursery » merci Marie,
et la gentillesse d'un motard vont nous sortir de ce guêpier .
Repas frugale banane et noix de cajou.
Nous longeons l'état du MAHARASHTRA à vos souhaits , plus vallonné et boisé ;
une forêt fleurie de bougainvilliers rose indien nous ouvre les portes de l'état de GOA où nous
parvenons enfin dans un état de liquéfaction avancée ; BADAMI PANJIM c'est tout de même pas ni le bout du monde ni la mer à boire …
et c'est la MER D'ARABIE qui se dessine dans l'horizon brumeux .


11-GOA
C'est en 1510, sous le commandement d'Afonso ALBUQUERQUE, que GOA forme la première
implantation coloniale portugaise en INDE, jusqu'en 1961.
GOA était déjà un important point d'embarquement des pèlerins pour La Mecque,
un port de commerce de chevaux arabes provenant d'Ormuz .
Les portugais encouragent le métissage pour consolider leur établissement.
Saint François Xavier mentionne la splendeur architecturale des lieux.
Au bazar de GOA, tout l'Orient emplit les étals : perles et corail de Barhein,
porcelaine et soie de Chine, drogues et épices …
C'est la « GOA DOURADA », la merveille des merveilles ; « celui qui a vu GOA , n'a pas besoin de voir LISBOA «

Mais où est donc passée la GOA DOURADA ?
Les portugais doivent se retourner dans leur tombe ; la capitale PANJIM
ou PANAJI est une ville dévastée par l'inculture d'une population indigène en mal d'occident ;
cassés les azulejos, trottoirs éventrés, empire saccagé ;
cette vision me rappelle les ruines SAO LUIS ou OLINDA dans le Norte Brasil ;
spectacle de désolation.
En détenant tous les commerces, l'Islam domine dans l'ancienne capitale portugaise ;
l'Immaculée Conception n'a qu'à bien se tenir … et Vishnou avec …
Le marché mérite le détour avec sa halle en étage, copie du marché de Funchal à Madère ;
les épices fleurissent et embaument les étals l'Orient est palpable . La jeunesse rêve aux US, bascule et se perd ;
on passe d'un monde ancestral à la pire des sociétés modernes dites civilisées .
La GOA DOURADA apparaît le temps d'un mirage au coucher du soleil sur la Mandova …
mais la brume de chaleur dissipe vite les ors perdus.

VELHA GOA (OLD GOA)

Bernie la catholique fait la tournée des églises.
Feu la LISBOA du sous-continent indien ! Le choléra aura vaincu les canons ;
seule la Croix est debout.
L'église Saint François d'Assise ; regrettable qu'ici, sur ce même parvis,
les dominicains aient dirigé les tortures de l'Inquisition.
La petite chapelle Sainte Catherine d'Alexandrie et pas de PROPRIANO. construite sur
l'emplacement où les portugais sont entrés dans le ville alors musulmane.
La Basilique du Bom Jesus construite par les jésuites au XVIème,
renommée pour son tombeau de Saint François Xavier, mort en Chine et rapatrié en terre goanaise.
L'église Our Lady of the mount a ma préférence ; du haut de la colline, le panorama est superbe ;
les clochers immaculés surgissent de la jungle épaisse comme des fantômes d'un autre temps ;
dans le blanc et le vert coule la Mandovi, éclairée par le soleil rougissant ;
il sombre alors définitivement dans les eaux troubles ; demain, lui, renaîtra de ses cendres, pas la GOA DOURADA .
C'était splendeur et décadence à GOA.