Page BULLETIN
1.. LE MONDE..SELON CORTES..

"SACHE QU'A MAIN DROITE DES INDES
IL Y A UNE ILE
APPELEE CALIFORNIE
TRES PROCHE
DU PARADIS TERRESTRE"

loin de l'ordinaire...
.
l'extraordinaire

suivez les traces de Bernie

dans son roadtrip confidentiel

en
Baja California

Arriba!!


 2 / Un conte en hiver

 des voix chaudes et juvéniles reprennent en chœur un refrain joyeux dans la langue de Frida et Diego... les notes exotiques m’extirpent d’un sommeil réparateur… sur l’écran de contrôle, la carte signale notre position : Islande et Groenland baie d Hudson le grand blanc avant la couleur... les paupières mi-closes, j’imagine notre albatros ailes déployées dans sa migration vers l’île d’or de Cortes. ainsi celui qui s’aventure en Basse Californie ne peut s’attendre qu’à des surprises de taille … en partie arrachée au nouveau Monde par les forces de la terre,  la Basse Californie voit débarquer en 1535 les premières caravelles espagnoles dans la conquista du nouvel eldorado. Cortes croit d’abord arriver sur une île du pacifique, pense ensuite que le golfe menait au légendaire détroit d Anian qui reliait l’océan pacifique à l’atlantique…
il y fait si chaud qu’on utilise l’expression calida fornax (four brûlant ) pour décrire l’île d or ... voilà la première origine du mot californie … l’autre provient d un roman espagnol du 16ème siècle dans lequel on raconte que cette fameuse île d’or était gouvernée par la reine Barbara Calafia entourée de femmes guerrières .. Calafia aurait donné son nom aux actuelles californies… la Basse Californie demeurera représentée comme une île sur les cartes jusqu’au 17ème siècle.
ainsi de la caravelle légendaire à l’albatros des temps modernes, le temps nous a livré l’histoire d’une île imaginaire ... un conte en hiver..

bonsoir


3 De Cortes au petit caporal

Sur le dernier segment de vol Mexico/La Paz, capitale de l'état de Basse Californie, le contraste est saisissant. Vue d'en haut, Mexico étale ses rivières de diamants, ses colliers de pierres précieuses, vestiges d'un trésor aztèque oublié, aujourd'hui livré à d'autres conquistadores, les "Mad Max" du 21ème siècle; la mégapole expose ainsi ses lumières électriques à des km à la ronde, déversant ses derniers joyaux comme d'un coffre chaviré...

Plus on remonte vers le nord ouest, plus les objets précieux s'évaporent dans la nuit noire…

Quand au même moment, le ciel capture les lumières de la ville, et se couvre d'une myriade d'étoiles...
Saisissant, le parfum capiteux de la nuit à la descente de l'avion; les fragrances d'un jour de chaleur emplissent l'air de notes sensuelles et fleuries…

Ciel criblé d'étoiles, air parfumé, preuves d'une nature vierge de toute pollution..
                                                                            
comme là-bas…
très loin d'ici..
                                                     
en méditerranée                                                                                                                                                  
sur l'île au maquis sauvage..
                                                                                                                                                                  
Buenas noches

Bernie / Todos Santos, côte pacifique
dim 7 fev 010

 
4 Avis de recherche
nous quittons la paisible La Paz au petit jour, pour une exploration du sud de la Baja California ...
les hélicos de la guardia civil survolent la sortie de la ville quadrillée par les policiers à la tête de truands, armés jusqu'aux dents .. fouille du véhicule .. à la recherche de 2 hommes et une femme que j'appellerai Adelita
c'était l'idole de l'armée de Villa
Pancho villa
ces 3 là, ont tendu un guet-apens et ont tué 3 policiers..
la femme recherchée, Adelita
l'idole de l'armée de Villa
est petite, comme Bernie
brune, comme Bernie
sans peur ni loi, comme Bernie
âgée de 30 ans... plus comme Bernie
c'est pas moi ! elle s'appelle Adelita
c'est l'idole de l'armée de Villa
Pancho Villa

5 De la mer à l’océan
le petit village del Triunfo présente une galerie de portraits originaux. au milieu de nulle part, une église, les vestiges d'une mine d'or, des façades colorées agrémentées de jardinets fleuris. là, se côtoient : le jeune footballeur arborant fièrement les couleurs de son pays et à qui je souhaite beaucoup de chance dans un Mexique / France redoutable..( pour qui ?), l'artiste peintre qui nourrit ses peintures des couleurs du pueblo.
la gardienne, aux faux airs de Frida, dans le minuscule musée de la musique, édifice improbable dans un tel décor de film.
Juan de Jésus, homme tranquille, coiffé de son grand chapeau; planté là, sur le bord de la route, il propose sur sa vieille guimbarde un vide grenier improvisé, il raconte avec philosophie son existence, son village, les valeurs perdues; l'homme se sauvera lui-même des maux de la terre, il n'y a pas de miracle .. évoquant avec nostalgie les jours heureux d'un autre âge, une petite larme perlera derrière ses lunettes impénétrables.
Puis il y a "los lobos del camino", les loups de la route, voyageurs infatigables sur leurs motos rutilantes  .. ils feraient presque peur..
"ils portaient des culottes
des bottes de moto.."
ils ont fière allure .. j'ai approché les loups de près, leur demandant s'il y avait sur les chemins des vrais loups..? ils m'ont assuré que les seuls loups véritables, c'étaient eux..
et puis rappelez-vous.. Bernie, même pas peur..
Tropique du cancer, à droite toute, sur la piste..
"des savanes,
je suis le caravanier
d'un grand spectacle organisé.."
la piste s'engage vers La sierra de le Laguna, traversant la péninsule d'est en ouest.. le désert de Sonora s'offre à nous dans sa partie mexicaine.. et avec lui un premier sanctuaire de cactus..
d'autres sont à venir .. jusqu'à indigestion..
ici le ciel est plus grand.. les nuages s'étirent autrement.. après des heures de soleil et de poussière, une marche rafraîchissante le long d'une rivière ombragée de "torote" l'arbre éléphant..
puis on plonge définitivement dans le bleu du Pacifique..
au coucher du soleil, sur une plage infinie, les tortues ont quitté les lieux; on aperçoit les premiers jets des souffles de baleines, au loin, à hauteur des chalutiers, cueilleurs de crevettes .. qui rempliront ce soir notre assiette .. au mythique "Hotel California"..
A vos 45 tours..
Buenas noches amigos.
Bernie à Todos Santos

6 Caminando
petit dej dans l'antre nostalgique du légendaire groupe "Eagles"..

la chasse à l'homme se poursuit.. barrages policiers, contrôles..
mais où est donc passée
Adelita
l'idole de l'armée de Villa
Pancho Villa
dans de grandioses paysages crayeux, on observe les cactus couronnés d'oiseaux, telles des sentinelles postées sur des cheminées de verdure..
ces cactus pointent leurs membres écartelés, martelés d'épines acérées, habillés de bouquets de doigts géants, boursouflés, éraflés, égratignés, endoloris, mal formés, déformés, striés, ridés, blessés, abîmés par le temps, par les vents... implorant le ciel..
on zigzague entre mer et océan..
Puerto Mateos : on déguste langoustes, crevettes, coquillages et crustacés.. beurre et citron vert ..
Comme à la Madrague..

Loreto nous accueille avec son ballet étonnant de pélicans bruns, aigrettes et cormorans.. oiseaux affamés au retour de pêche miraculeuse.. ils foncent, tête la première, désespérés, dans des plongeons spectaculaires et suicidaires. Après les conquistadors, voici les kamikazes de la mer de Cortes .
Bernie / Loreto
7 Sur la piste des missions

LORETO . 1697 . Les jésuites fondent "la madre de las californias"; d'autres missions suivront avec les franciscains et les dominicains, étendant ainsi l'oeuvre évangélatrice en nouvelle Espagne, jusqu'en 1767 .
direction SAN JAVIER
mission encore ouverte au culte, dissimulée au bout d'une piste pierreuse .. insolite quête de Dieu dans le Far West mexicain, à travers des grands espaces semés de cactus, des canyons imposants, des oasis improbables renfermant des jardins secrets ou les rancheros nous invitent à goûter le fruit de leur labeur, agrume et petit pois, kumquat et pamplemousse .. à l'ombre d’oliviers centenaires aux troncs torturés et noués.
rencontre avec Xavier et Angelina, Marie et Memo, Victor et son cheval baptisé dollar ..
retour sur Loreto et ses îles, islotes, islitas Galeras , Carmen, Danzante...

mais où est donc passée Adelita ?
nous recherchons désespérément
l'idole de l'armée de Villa,
Pancho Villa
au sud de Loreto , PRIMER AGUA,
oasis perdue au bout d'un no man's land à la beauté sauvage, dans un cirque de sierras rougissantes au gré du soir naissant; la lumière s'évapore peu à peu dans un silence implacable ... et au fond de la palmeraie abandonnée, je perçois soudain des bruits singuliers, des cris... peut-être ceux d'Adelita...?
non , ceux d'une armée de faucons qui nicheront cette nuit dans le lit de la rivière endormie...
bonsoir..
Bernie / Loreto / 9/02/010

8 BAJA sous haute surveillance
"V'z avez pas vu Mirza..?
heu…j’m’embrouille .. c'est Adelita bien sûr.. et c'est pas faute de la chercher partout .. jusqu'au fin fond du grand canyon hier au soir, dans sa cache inviolable..
pobrecita Adelita
qui a dû dormir à l'abri d'une aiguille de cactus aux côtés d'un coyote solitaire
.. et le vent s'est levé.. et les nuages courent eux aussi..
après l'idole de l'armée de Villa
Pancho Villa..
on reprend la route, direction BAHIA CONCEPTION, toujours vers le nord, longeant la mer de Cortes..
nouveau barrage .. une dizaine de militaires de l'armée mexicaine en tenue de camouflage, vert et sable, comme les soldats "tempête du désert" au Koweit ..
fouille du véhicule réglementaire;
dans la guérite, les yeux inquisiteurs nous déshabillent du regard ..
de grands panneaux informatifs avec des photos de trafiquants de drogue..
je surveille qu’on ne glisse pas dans la jeep une petite dosette de poudre immaculée qui nous enverrait direct dans les geôles mal famées .. je veux immortaliser l'instant .. délicat .. mon chauffeur plus sage me le déconseille vivement.. on ne rigole pas ..

finalement et heureusement on peut repartir  avec dans le rétro des militaires qui n'ont pas la fleur au bout du fusil ..
la route s'ouvre à nouveau à nous .. seul un barrage de .. vautours .. ralentira notre course vers le nord ..
todo bien..


9 Terres de contraste
la paisible BAHIA DE CONCEPTION décline ses bleus multicolores au rythme des "plages immaculées et des lagons turquoises délicieux avant-goût de cette perle de la nature » comme la surnommait John Steinbeck.
PLAYA EL REQUESON "la perla" abrite quelques naufragés sur leur radeau fortuné ..
PLAYA BUENAVENTURA, 3 mois de soleil en hiver car sachez bien que la Baja California (=BC) est le 2ème point le plus lumineux du globe compte tenu de l'intensité de la lumière..
PLAYA EL COYOTE un trésor de plus .. cactus en sus ..y ..
el silencio
à peine froissé par les aigrettes en vadrouille..
à l'intérieur des terres , les paysages deviennent presque extravagants , tel le site des volcans , "las tres virgenes", qui dans son voile intégral, ne laissera rien filtrer hors mis le vent glacé... mille variétés de cactées recouvrent le sol d'un épais tapis de piquants et de verdure.
puis un soleil inattendu éclaire la masse volcanique… cap à l'ouest, sur SAN IGNACIO … où … paraît-il … des baleines nous attendent..

 
10 Les actualités
fait divers ordinaire… arrestation ordinaire
"caen en LA PAZ herederos de Teodoro Garcia Simental alias EL TEO, EL MULETAS, EL CHIQUILIN, narco trafiquants recherchés depuis des lunes : l'affaire se corse c'est le carnaval de La Paz et sur les murs s'affichent les représailles ++FELIZ FIESTA++ auréolées de croix… traduction de La Paz : la PAIX.
mais au fait, Bernie ? toujours même pas peur !


11 Rendez-vous
la nuit a été froide, les conditions plus que spartiates.
René, l'aubergiste s'est levé aux aurores pour nous concocter un bon p'tit déj ; je l'entends qui bataille dans sa cuisine avec la pâte et le fouet..
le bon René dont la femme roupille sans complexe ..

c'est parti pour 50 km de camino de piedras, cailloux, yuccas, cactus et cacatoès. la lagune de SAN IGNACIO s'ouvre à nous sous un soleil prometteur.
février, la saison des amours bat son plein chez les baleines grises qui, par milliers migrent du détroit de Bering jusqu'aux eaux chaudes des lagunes de la BAJA. c'est un des "plus beaux aquariums du monde"a dit Cousteau, et il va devenir une couveuse pour baleines.
"j'ai fait un rêve étrange et pénétrant"...
Paloma nous accueille au centre Kuyima de la réserve .
Frederico pilote la lancha, rapide d'abord ( haché menu ), puis à l'arrêt.
on scrute, en silence ... le bruit d'un souffle, puis un dos sombre, parfois sa queue qui frappe la mer qui éclate dans un bruit de tonnerre.
j'ai vu une petite fille qui avait à peine 10 jours, qui pesait quand même 700 kg. elle se promenait avec sa maman dans l'océan...
comme tous les bébés, elle aimait les câlins et venait se frotter, confiante à notre embarcation... curieuse et amicale, elle se laisse approcher, caresser ... sa peau est toute douce... et ses yeux gros comme des pamplemousses semblent me dire … encore ! dans un sourire, elle laisse apparaître ses fanons, fines baguettes comme les dents d'un peigne.
le regard bienveillant et protecteur de la mère, toute proche, me rappelait que nous étions de la même grande famille … des humains ...
fascinant ... troublant ... émouvant.
"heureuse qui comme ..." baleine a fait un long voyage ..
heureuse qui comme Bernie a fait un joli rêve ..
j'me pince, c'est pas un rêve !! je suis en train de caresser une baleine en plein pacifique …
Bernie, bonheur à 360 degrés.
 
12 BAJA grand format
nous allons quitter SAN IGNACIO et son oasis inespérée en plein désert.
René , le bon René, frétille dans sa cuisine; grâce à nous, il reprend courage; ses affaires reprennent; il a sauvé sa petite entreprise; des lunes qu'il ne voyait plus personne dans son commerce à l'abandon; son couple à la dérive, il sombrait dans une profonde dépression,
aujourd'hui, il est prêt dès 6h, souriant, jovial; la table est mise et il chante dans sa cuisine;
ADIOS BON RENE, que le vaya bien !
 
ici le soleil est permanent; quand je pense qu'il a neigé à St Laurent ! quoiqu'il a neigé aussi au nord de la BAJA à Mexicali frontière States ..
un nouveau contrôle nous rappelle à notre chère Adelita, toujours en cavale; les policiers nombreux sur les routes sont sur les dents …
on quitte l'ennuyeuse ligne droite de la transpéninsulaire pour aborder la piste aventureuse de SAN FRANCISCO DE LA SIERRA .. des oiseaux enchantent le ciel .. on rencontre des écureuils et des gerboises, des vaches en divagation, des chèvres et leurs nouveaux nés ..
puis c'est un impressionnant paysage de crêtes aiguisées et de canyons profonds qui s'offrent à nos yeux ébahis !! les premiers "cirios"(plante endémique) fragiles et graciles, étrangement chevelus, verts et blancs, s'articulent dans la fantasmagorie des lieux … on ose à peine respirer tant la quiétude vous envahit; l'air est vif au pueblo de SAN FRANCISCO DE LA SIERRA ..
Guadalupe et Lupita, Juan-Enrique, terri le 101ème dalmatien, et quelques autres nous accueillent dans un grand dénuement. il y a longtemps, Dieu est passé par là .. l'église tombe en ruines .. et aujourd'hui ne pousse que la misère au milieu des chèvres ..
Ramon, le ravi du village, nous fait visiter des grottes aux peintures rupestres de 4000 ans (puma, cerf et autre antilope )..
époustouflante descente, dans la lumière aveuglante; ça secoue, ça glisse, en dérive au bord des précipices ..
mon ami Sébastien Loeb en pâlirait d'envie et devrait inscrire cette destination au championnat du monde des rallyes sur terre.
360 degrés de terre inviolée !!
c'est du grand format, du grand angle, du XXL ..
il faudrait que Bernie arrête d'être heureuse au cas où ça serait contagieux,
et la surprise du chef, comme si on n'était pas assez enthousiaste .. sur ce bout .. de rien.. le vieux phare de GUERRERO NEGRO et ses salines désaffectées, un mélange de terre, de sable, d'air et d'eau, de dunes et de sueur des hommes ..
journée pleine..
bonsoir
 
13 Une journée ordinaire
une  journée ordinaire avec Bernie ,
c'est se lever tôt , à la lumière exacte..puis aller au rendez-vous.. avec .. les baleines.
en fait, la journée ne sera pas si ordinaire ...
séquence émotion
Rama pilote sa lancha un peu à la Sébastien Loeb, mais sur l'eau.
nous sommes dans la lagune OJO DE LIEBRE.
très vite, un bébé se présente, à l'avant.
Sébastien Rama , un peu distrait , arrive dessus.
la mère, 15 m, 30 tonnes, fonce à bâbord; en une seconde, la tête émerge à tribord , soulève la lancha.
Rama se prend un coup de nageoire, perd l'équilibre et le contrôle… la lancha est sans erre.
nous risquons un coup de caudale; la lancha tangue et roule, prête à chavirer.
on sent le Géant se frotter au-dessous de la coque.. la soulever encore.
sursaut de Rama qui jette son bob de rage et reprend les commandes.
on valdingue une 3ème fois par l'arrière.. les secondes paraissent des heures..
puis la lancha se stabilise.. on a vu le fond et .. le reste .. de très très près.
la baleine a eu peur pour son petit, et dans l'instinct maternel, elle a voulu le protéger.
peut-être nous a t-elle pris pour des harponneurs japonais.?
nous venons de vivre une aventure.
la récompense : spectacle grand angle avec le ballet des géantes à 360 degrés..
on est littéralement cernés par les baleines qui s'ébattent, sautent, s'accouplent, jouent... et le plus étonnant, après le coup de force de toute à l'heure, c'est la vision de délicatesse, douceur, grâce, qu'elles expriment. dans tous les cas, leçon d'humilité dans cette immensité bleue.
cerise sur le gâteau : mille oiseaux s'attardent dans la nursery forgée par les dunes.
cerise numéro 2 : les lions de mer paressent sur une balise rouge.
événement : nous croisons le cortège présidentiel, le Senior Calderon est dans la lagune !
la ville déploie son périmètre de sécurité. le Président vient de Cuidad Juarez, dans le cadre de son programme de lutte contre les cartels.
… sa venue bouche les issues de la ville .. on craint ici des terroristes ou un eventuel poseur de bombe .. sans parler d'Adelita, alias Adelira ... Bernie a ce qu'il faut dans sa besace .. les cousins du maquis ont commandité une action révolutionnaire !! mais Bernie, plus dangereuse qu'un cartel a oublié les allumettes !..
en attendant, où passer l'après-midi ?
GUERRERO NEGRO est une ville surgie du désert en 1957 , grâce à l'exploitation de la saline la plus grande du monde. un trafic de camions monstrueux tractant des wagons .. jusqu'aux barges  elles-même tractées jusqu'à l'île aux cèdres, point de départ de la commercialisation à travers le monde.
nous empruntons la piste des dunes de DON MIGUELITO qui bordent la lagune .. magnifique !!! pas âme qui vive, sauf les milliers d'oiseaux ..
Bernie, trop de bonheur, ça fait du mal .........
un petit goût de brésil.. CADEAU ... GRAND format !!!! 360 degrés de beauté hallucinante …
où seul le souffle du vent brise le silence.
journée d’expérience, hymne à la beauté, moment d'humilité, c'était juste l'ordinaire de Bernie au Mexique ...
PS : le soir au resto, dernière surprise; nous goûtons à la viande de boeuf du Sonora :  4 gars des services secrets de la garde du président Calderon s'attablent à côté, armés d'oreillettes, pistolet sous la veste; ils parlent en dissimulant leur bouche, l'oeil méfiant, la main prête à dégainer ..
pourquoi sont-ils là ? est-ce qu'ils savent quelque chose sur Adelita ? ont-ils quelques soupçons sur les origines  méditerranéennes de Bernie ? nous ne sommes pas tout à fait inquiets , ... mais il y a un suspect dans la salle. à qui les menottes? avant que ça ne tombe sur moi, je me retire dans mes penates; l'hôtel ce soir s'appelle cow-boy..
salut
Bernie bientôt en cavale
 
14 Le dernier des « Cochimis »
après la collision avec une baleine, que pourrait-il encore arriver à Bernie ?
petit dej avec un gars de Tijuana; il dit la ville dangereuse, infestée de narco trafiquants; peu bavard, il repart avec ses "mules".
nous passons de la Baja California del Sur à l'état de BAJA CALIFORNIA del NORTE ..
on affiche une heure en moins au changement de fuseau horaire.
les paysages somptueux de l'Arizona semblent tout proches avec les "mesas », grands plateaux plantés dans un décor de western ... John Waine ou Richard Widmark vont surgir de la vallée des cierges géants, balayée par un vent chaud .. 10h du mat, 24 degrés à l'ombre des "cirios".. les mexicains grelottent..
le chemin pierreux serpente dans l'immensité, règne d'une flore riche, endémique; cernés par les monts colorés, la beauté implacable nous enveloppe.. on touche ici à l'exception.. l'air est transparent..
et si on nageait dans l'extra..ordinaire ?
nous progressons lentement, happés par la vision de ce décor surnaturel.
la mission SAN BORJA apparaît enfin au creux d'une sierra, enfouie dans une oasis improbable. une petite chauve souris amphibie se régale dans les eaux chaudes de la source.
c'est une belle construction de pierres claires, taillées; les archéologues sont là, en quête d'histoire.
Nuni a 16 ans; elle nous promène dans cet endroit paisible, habité. le cimetière abrite la dernière demeure d'un grand-père bien aimé .
un tombeau se distingue, plus imposant.. Nuni raconte avec une certaine naïveté que c'est un indien cochimi qui est là .. l'ombre du grand chapeau de John Waine plane soudain .. et la terrible tragédie du peuple indien avec..
ainsi visage pâle aurait un jour, ici, exterminé cette noble tribu..
les cirios aux formes étranges tutoient le ciel et, comme des sentinelles, veillent, sur le dernier des cohimis.

15 L’autre baie des anges
on progresse toujours vers le nord, direction BAHIA DE LOS ANGELES ( baie des anges ).. voyons voir ..
les anges ont dû dessiner les îles au milieu de la baie, puis s'en aller .. sans laisser de trace ..
nous sommes dans la mer de Cortes appelée aussi golfe de Californie, mar bermejo, mer vermeille à cause de la coloration rougeâtre des eaux qui se tintent au contact des eaux venant de colorado.
mirage sorti du désert, certes, mais les îles de Mare Nostrum n'ont rien à envier à cette autre baie des anges.
le bourg est un bazar sans nom, sans caractère. les lancheros sont à la pêche au calamar géant; c'est la pleine saison.
nous quitterons les lieux prématurément, sans regret. et comme le chantait Tino :
"Méditerrannée , aux îles d'or ensoleillées"

16 BAJA en bleu et blanc
quoi de neuf sous le soleil ?
baignons toujours dans les immensités vierges irrisées de lumière ..
15 février, je mange des fraises en hiver
83 degrés fahrenheit +28 ..
sur la plage de ROSALILITA, LE PACIFIQUE DEROULE SES VAGUES, ET REJETTE SON TROP PLEIN DE CALAMARS GEANTS QUI FERONT LE REGAL DES MOUETTES .ce côté de la péninsule est vivifiant comme l'océan qui frise ses bleus .. d'écume ..
retour sur GUERRERO NEGRO ou Gro Negro ( bien qu’íl n´y ait aucun noir dans ce pays )
Arturo nous dévoile avec fierté, les secrets de la plus grande saline du monde.. c'est une fabuleuse découverte.. un monde à part .. une ville dans la ville.. avec des hommes.. minuscules à la tête de machines géantes. tout ici est démesuré .. les wagons rouges transportant des tonnes de sel, les tracteurs jaunes, les pyramides blanches .. et le salar de Uyuni en point de mire .. non j'hallucine un peu .. (j'anticipe sur le voyage de cet été). les remorqueurs tracteront les barges pleines à rabord de l'or blanc de GUERRERO NEGRO.. jusqu´à l'île aux cèdres .. et aux confins du monde ..
17 Empire déchu
l'histoire de SANTA ROSALIA  est liée à la production minière de cuivre et de cobalt, exploitée entre 1885 et 1954 par les français; ces derniers ont légué une architecture européenne fin de siècle qui rappelle aussi la Louisiane.
on visite le très intéressant musée, les maisons en bois d'anciens propriétaires, l’église Santa Barbara, fleuron de la ville, dessinée par Gustave Eiffel en 1884, exposée à Paris en 1889, acquise par la compagnie, démontée, transportée, installée en 1897.
nous passerons la nuit dans l'emblématique "Hotel Frances" au parfum suranné de bois ciré ..
et sur mon rocking chair, dominant les bâtiments de l'exploitation minière sur fond de mer de Cortes, j'imagine les temps presque oubliés où la ruée vers l'ouest de français audacieux avait engendré un empire .. aujourd'hui déchu ..
..au cimetière, quelques noms français apparaissent sur les croix encore debout, comme exhumés d'une histoire ancienne, dont plus personne ne se souvient..

quand la nuit vient, SANTA ROSALIA, la mexicaine, devient un endroit vivant, joyeux et bruyant; les gens y sont aimables et adorables..
les jeunes se rassemblent autour de parties de volley ball ..l'entraînement de l'équipe de foot mexicaine n'a pas commencé .. Domenech peut dormir tranquille..

 18 La bande des 4
ils sont 4
armés jusqu'aux dents
balles de 9mm para bellum de Beretta
fusil à pompe crosse courte
357 magnum de Clint Eastwood
fusil à pompe crosse longue
gilets pare-balles
(il ne manque plus que l'épée de Zorro)
sous couverture de convoyeurs de fonds (de tiroirs)
ils sont 4
à investir le petit restaurant de Fernando
ils sont 4
"ils sont venus, ils sont tous là,
Elle va mourir "AH ! DELITA !
les cloches de l'église de Santa Barbara semblent sonner le glas pour ADELIRA ..
les petits doigts dans mes grosses crevettes au beurre, accompagnées du guacamole national,
je dévisage le quatuor derrière mes lunettes noires;
peut-être ont-ils décelé chez Bernie un petit air d'ADELITA  ..
petite brune, 32 ans (vue de dos ) ..
 quelques gorgées de bière fraîche, et je réalise qu'il me faudra débusquer ADELITA avant eux ,
là-bas dans sa planque ..
RDV dans un quart de lune ...
PLAYA DE LOS NARANJOS..


 
19 Des cactus au maquis
Il est 5h, SANTA ROSALIA s'éveille sous les chants d'oiseaux bavards, et autres gallinacés;
la porte de la chambre ouverte, j'assiste de mon lit au miracle recommencé du lever du soleil sur la mer de Cortes, avec l'île de la tortue pour seul obstacle à l`horizon.
au revoir à l'honorable Madame IRMA de « l'Hotel Frances » .
ma mission du jour, c'est rejoindre au plus vite le repère d'ADELITA .. je crois savoir où Elle se cache..
c'est un lieu paradisiaque, baignant dans la BAHIA DE CONCEPTION: LA PLAYA DE LOS NARANJOS (plage et pas avenue des orangers).
une piste peu fréquentée mène à un sueno de felicidad..
sur les sentiers, il n'y a pas que des militaires en tenue de camouflage .. le crotale (il manquait plus que ça )nous fait barrage .. mais Bernie même pas peur ..
dans un environnement protégé, on échoue sur un tapis épais de coquillages aussi nombreux et variés que l'imagination peut en dénombrer ..
de l'autre côté, la sierra s'élève couverte de cactus plongeant directement dans la baie.
c'est ici, dans une cabane, que nous dormirons ce soir..
"c'est une maison bleue adossée à la colline, on y vient à pied, ceux qui vivent là.. ont jeté la clef.."
tout le jour durant, s'en donnant à coeur joie à travers leurs rires enthousiastes et sarcastiques, pélicans et fous de bassan dans leur chute verticale et imparable viendront trouer la surface plane de l'eau; d'autres hérons, aigrettes et cormorans plus graciles froisseront les camaïeus invraisemblables qui emplissent la baie lumineuse..
au cabanon, devant ma tequila, je passe en revue sur les murs les photos jaunies des plus grands révolutionnaires CHE GUEVARRA, ZAPATA et .. et .. ( Zorro est arrivé eh eh  .. sans s'presser eh eh --) et l'incontournable PANCHO VILLA .. la sainte trinité .. il y a même une photo d'ADELITA descendant d'un train.. en marche ..
sacrée ADELITA !!
c'est donc là qu'ils se donnent rendez-vous ; c'est ici qu'Elle doit être ..
19h la nuit tombe très très tôt ... le clapotis indicible de l'eau réveille les sens .. les pieds plantés dans le sable, je rentre la tête dans les étoiles .. ça grouille là-haut.. la grande ourse a planté sa queue la première; la petite ourse lui court après .. et le chien s'y met aussi; le croissant de lune arrondit son dos immaculé tandis que Mars s'orange dans l'encre de la nuit; Saturne brille de mille couleurs .. mais où est donc passé Orion ?.. des myriades, des poussières, des filantes paillettent la toile de jais.. loin des lumières factices des villes, des hommes, des téléphones sans fil, d'autres toiles éphémères .. le ciel paraît grand à l'infini, la nuit lumineuse, les étoiles presque accessibles ..
soudain, un point rouge au loin, comme un appel, "Oeil de lynx" repère un code mystérieux, comme du morse .. intrigués, on tente de déchiffrer un éventuel message ..
bon sang mais c'est bien sûr! c'est ELLE
ADELE
ADELITA
l'idole de l'armée de Villa
Pancho Villa
le point rouge se déplace .. c'est une embarcation.. clandestine qui envoie un signal à la fugitive planquée dans les cactus.. pourvu qu'Elle ne se pique pas ..
mais bon sang c'est bien sûr !!
épuisée, fatiguée de la longue traque, à bout de souffle, ADELIRA patiente sur la berge, attend sa proche délivrance ..
ils sont venus, ils sont tous là, sur le pont
Juan de Jesus et les lobos del camino
Xavier Angelina Victor et Dollar
Memo et Maria
Lupina et terri , Juan Enrique et Ramon
René Fernando Arturo Marcos
Nuni Frederico Paloma Rama Irma
ils sont venus, ils sont tous là
pour saluer ADELITA
l'idole de l'armée de Villa
Pancho Villa
et la voilà qui s'embarque, fuyant sa terre bien aimée, choisissant l'exil pour échapper à ces hommes armés,
pour rejoindre un autre océan, une autre mer, une île peut-être ..
mes amis du maquis l'accueilleront, et entonneront avec ELLE le chant de la LIBERTA !
Salute a te
que le vaya bien !!!!

20 La cerise sur le cactus
je croyais en avoir terminé avec ma page d'écriture .. et je m'apprêtais à jeter .. l'encre .. dans un autre port .. c'était sans compter avec la virée de LA PAZ  / SAN EVARISTO par une piste sortie de nulle part, longeant le littoral d'un côté, et une sierra colorada de l'autre.
ce sont des formations géologiques aux formes impressionnantes, et d'une beauté incomparable; je répertorie les verts, roses, violacés, saumonés, ocres, bruns, gris, toute une palette, rangée en strates qui pourraient raconter l'histoire de la terre; la piste de plus en plus difficile surplombe la mer à pic creusant une savane jaune paille piquée de cactus .. on en oublierait le bleu de Cortes .. l'érosion seule  a construit ce théâtre minéral en kaléidoscope, sur des km et des heures de route défoncée; le spectacle est omniprésent, à couper le souffle; je mitraille avec mon "canon" pour capturer la magie des lieux .
c'est le règne des oiseaux, de ce pélican blessé, du lièvre aux très grandes oreilles, et des colonies de bip bip, élégants sur leur talons aiguilles .. le coyote ne doit pas être très loin  - il ne manque plus que la girafe ??..
nous trempons à 361 degrés dans le démentiel, l'extraordinaire comme s'il en pleuvait; comment vous dire ? plus aucun superlatif ne peut servir le sublime; je reste sans mot, sans voix; du jamais vu nulle part ailleurs ou bien alors un mirage dans le silence ..?
malgré un Sébastien Loeb des grands jours, et même s'il s'enflamme, en lévitation dans ce décor surnaturel, il va falloir retrouver la raison; la piste devient impraticable voire dangereuse; nous décidons  à 11 km de San Evaristo de rebrousser chemin; Bernie même pas peur mais pas témeraire..
à cet endroit précis, sentinelle sur un cactus, un cardinal écarlate clignote comme un feu rouge
STOP au lieu dit coyote; demi tour ..
nous sommes à présent inondés de soleil; la lumière blanchit .. un coup d'"oeil de lynx" sur la mer, et voilà les frégates qui escortent une baleine dans les eaux cristallines .. comme si l'animal voulait nous dire adieu ..
aujourd'hui, Thelma et Louise célébraient la beauté sans faille..
it was a great day





21 Final
3300km
le road movie de Thelma et Louise s'achève .
de ce pays incroyable ,
Bernie ramène petits cailloux, grains de sable, coquillages, poussières d'étoiles et quelques images
de ce joyau méconnu : "le Galapagos de l'hémisphère nord".
l'ombre du dernier Cochimi plane encore sur cet éblouissant désert à fleur d'eau .
le spectacle est partout, imprévisible, époustouflant de beauté.
la BAJA CALIFORNIA affiche résolument son originalité.
gracias
à tous les adorables mexicains rencontrés sur les chemins de traverse
gracias
 à Thelma et son oeil de coyote
gracias
à Aurelien, alias Sébastien L. / oeil de lynx / ojo de liebre
éclaireur précis et fin limier
c'était
rendez-vous en terre inconnue avec Bernie
hasta luego
que le vaya bien
LA PAZ 19/O2/010