Page BULLETIN

Mails de Bernie PAOLETTI

CAMBODGE  mutilé de guerre

Il serait difficile de raconter le Cambodge avec enthousiasme tant ce pays à peine convalescent panse encore ses blessures de l histoire récente et encore d'actualité d'un génocide monstrueux .les Khmers ont laissé derrière eux la trace sanguinaire de leurs exactions le rouge de leur folie. Il en ressort un Cambodge au visage au sourire fige triste presque incolore ayant perdu ses élites et survivant dans l ignorance la misère la poussière.

PHNOM PENH fleur d Asie un peu fanée défraîchie par les affres du temps rougie par les fous de guerre et de sang pilleurs d âme et de corps PHNOM PENH expose ses cicatrices béantes indélébiles malgré ses palais rutilants et sa pagode d 'argent. La capitale s'éveille pourtant a la modernité dans le désir d effacer son lourd passé. Il faudra plusieurs générations pour parvenir a un équilibre entre l insouciante jeunesse et ses aines meurtris.

En remontant vers le nord de PHNOM PENH a BATTAMBANG on traverse la campagne ouvrière avec ses scènes de vie quotidienne de petits métiers et tel un bataillon de fourmis le petit peuple cambodgien s'agite et vaque à ses occupations a l'ombre des kapokiers et des manguiers des cocotiers et des palmiers à sucre avec en toile de fond les énormes buffles dans les rizières. Il y a surtout ces milliers d enfants milliers de bouches à nourrir qui feront le Cambodge de demain.

A BATTAMBANG il ne reste rien ou si peu de l architecture coloniale. Seul le marche bruyant et colore de ses curieux fruits du dragon et de ses emblématiques pommes de lait distille ses odeurs nauséabondes de poisson sèche des odeurs et des ordures...Qui nous invitent a quitter les lieux vers les rivages plus tranquilles du lac TONLE SAP. 

10 h depuis BATTAMBANG jusqu'à SIEM REAP ...10 h dans l’inconfort le plus total pour remonter la rivière SANKER et pénétrer enfin dans cette mer intérieure du poissonneux TONLE SAP.

Nous allons a la découverte des peuples de l eau vivant dans la foret inondée de KOMPONG PLUK .Je crois revoir un instant les images inoubliables du lac INLE. Il y a simplement  l’indescriptible misère des hommes aux yeux hallucines des femmes qui portent inlassablement la vie et ces enfants qui hurlent de faim. Ici sur ce coin de terre d une autre planète l’homme est retourne a l état animal.

APSARA FLEUR D ANGKOR

La somptueuse statuaire du musée de PHNOM PENH nous laissait présager de la magnificence des trésors d ANGKOR. C’était sans compter les milliers de nymphes célestes qui décorent les temples  celles que l on nomme Apsara. Ces danseuses aux riches parures a la grâce infinie aux attitudes envoûtantes témoignent d une finesse remarquable. Leurs descendantes n’ont pas reçu cet héritage de beauté.

C’est par la foret que l’on accède à l’ancienne cite khmère un peu comme a TIKAL. Les premières pierres nous accueillent dans la lumière exactement orange du petit matin... Juste avant que les hordes de curieux (j’aurais mieux aime des hardes d’éléphants) ne viennent piétiner les dalles de la ville encore endormie. Comme au temps des conquêtes de l’empire l’envahisseur (aujourd'hui coréen) franchit d abord les douves fortifies puis dans un vacarme assourdissant passe l enceint et pénètre dans les murs. Témoins les bas reliefs des galeries d ANGKOR WAT qui dépeignent avec une précision presque aussi remarquable qu a PERSÉPOLIS les scènes de guerre tonitruantes. Encourages par les musiciens les 2 armées marchent avec les éléphants et les chars tires par des chevaux. Puis c est le corps a corps.  Les morts... Les murs résonneront de leurs cris tout le jour durant... Au soir la latérite et les grés rougeoieront au couchant et dessineront dans les eaux moirées les contours de leurs tours... Tout s apaise dans le labyrinthe des galeries. Alors après les souillures du jour la pierre va pouvoir se reposer et dormir enfin. Seules les oreilles attentives percevront les cris de guerre entre Chams et Khmers ou d autre cris d autres guerres... La bataille de KADESH à cet instant la très courtisée ANGKOR demeure l unique cite des Dieux.

C'est à BANTEA SREI la citadelle des femmes unique en son genre pour son exceptionnel grés rose que les Apsara sont les plus belles. Mais encore une fois les coréens par leur sauvagerie ont souille les lieux... tels des barbares ils ont viole l'intimité des Belles.

BENG MEALEA LE RÊVE RETROUVE

Cette cite perdue a miraculeusement été revisitée par les deux frères de Jean Jacques Anno. C est lui qui va réveiller le rêve évanoui. BENG MEALEA lève enfin le voile sur ses fantômes de  pierre. Parce qu il est reste intact tout enserre qu’il est dans ses lianes meurtrières le temple véhicule le mystère le rêve l émotion que Mr Henri Mouhot avait suscites jadis. Il nous avait donne le goût de cette imagerie orientaliste de forets d arbres et de pierres mêlés emprisonnant même la lumière derrière des barricades de végétation luxuriante. On retrouve l atmosphère fantasmagorique dans cette nature souveraine qui aura eu raison de la civilisation. Bien entendu les visites d ANGKOR WAT et BENG MEALEA sont nécessaires. La première pour la culture de la civilisation khmère la seconde pour l imaginaire qu elle engendre. Car que reste t il quand la réalité anéantit le rêve?

A cet instant précis les tigres de JJ Anno nous épient... au revoir

Je m'envole pour le sud du LAOS laissant sans regret derrière moi les bâtisseurs et les tyrans. ANGKOR s'évapore dans la brume et la  poussière.

Je troque la pierre des temples pour l'eau des rivières.

Je rejoins le fils du mythique MÉKONG. Bonsoir